Sentiers photo et balades de traverse

12 novembre 2019

Le passage des grues cendrées

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Dans un jardin du Périgord, en Limousin, une bête curieuse attire mon regard, donc mon objectif par la même occasion. Renseignement pris auprès d'un réseau d'étudiants GPN (Gestion et protection de la nature), c'est l'exuvie de la mue imaginale d'une cigale, soit l'enveloppe externe de la larve dont s'est extraite la cigale adulte après sa métamorphose.
Espérons que des touristes parisiens n'iront pas porter plainte auprès de la Mairie quand monsieur (car c'est un mâle) se mettra à faire ses vocalises.

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Et quand on parle de vocalises, justement, me voilà servi : une joyeuse chorale aérienne de plusieurs centaines de grues cendrées se fait entendre, très haut dans le ciel, tournoyant un instant au dessus de ma tête, pour repartir en direction du sud-ouest.

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Les grues cendrées, tout comme les cigognes, se servent des ascendances thermiques pour s'élever en planant et migrer en se déplaçant d'un thermique à l'autre en évitant le vol battu. Ainsi, elles économisent leur énergie. Le vol battu n'est utilisé qu'en cas de mauvais temps, de vol de nuit ou au-dessus de la mer. Leur vitesse peut atteindre 90 km/h, pour une altitude de vol variant de 200 à 1 500 mètres.

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Ces grands oiseaux se reproduisent en Europe du nord et à l'ouest de l'Asie. La migration d'automne les conduit sur de longs trajets, jusqu'à 2500 km, vers l'Afrique du nord et le sud de l'Espagne. Avec des hivers de moins en moins froids, certains groupes hivernent dans le centre et le sud de la France.
La grue cendrée est intégralement protégée, depuis 1976. Malheureusement, elle est souvent accueillie à coups de fusils sur les pourtours sud de la Méditerranée (Chypre, Maghreb ...).

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Il y a 50 000 ans, des chasseurs-cueilleurs européens pouvaient entendre et voir passer les grues au dessus de leurs têtes. Ils côtoyaient aussi de grands troupeaux de cervidés, et notamment des rennes, ainsi que des aurochs. 

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Que de bruit et quelle agitation là-haut, semblent dire ces choucas des tours, cherchant à se dissimuler dans les branches des arbres en train de perdre leurs feuilles ...
Le passage des grues cendrées n'est plus qu'un souvenir.

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07 novembre 2019

Après la pluie

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Les mauvaises langues et les incultes vous diront qu'il pleut tout le temps en Bretagne, surtout ceux qui n'ont jamais mis les pieds chez nous. Cette curieuse légende urbaine est évidemment abondamment relayée par certains Bretons eux-mêmes, victimes du mythe climatique. En réalité, les champions de l'Hexagone en matière de précipitations sont les Franc-Comtois, où un proverbe jurassien affirme " Quand il ne pleut pas, il neige. Quand il ne neige pas il pleut ". Nous sommes très loin derrière, une fois n'est pas coutume.
Et quand il pleut chez nous, les mouettes rieuses batifolent dans les champs et les prés transformés pour un temps en piscine.

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Le ruisseau est sorti de son lit, créant un vaste marécage, une zone humide temporaire. 

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Les ragondins, surpris par la crue subite, sortent de leurs galeries. Ces gros rongeurs, originaires d'Amérique du Sud, ont été introduits au XIXème siècle pour l'exploitation de leur fourrure. Evadés, lâchés volontairement, ils colonisent de nombreuses régions et provoquent souvent de gros dégats dans les berges des étangs et des cours d'eau, n'ayant pas de prédateurs naturels, ce qui permet à l'homo sapiens auto-proclamé de le réguler par le tir ou le piégeage, et d'en faire éventuellement du pâté de " lièvre des marais ". Les petits, eux, sont parfois la proie des fouines, busards des roseaux, buses variables, chouettes effraies.

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Regardez-moi, je suis un as de la nage en eaux vives !

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Etourneaux sansonnets sur un sapin perchés.

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L'automne, c'est aussi la saison des cyclamens sauvages.

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Près du moulin, le long du Meu, un rouge-gorge chante dans un buisson.

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30 octobre 2019

Kala Goañv, les Calendes d'hiver

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Avec le cerf comme animal symbolique, Samhain (prononcer Saween, Sowenn), Heñven, Sawen, période hors du temps, correspond à l'année nouvelle chez les Celtes. Les Calendes d'hiver arrivent.
La saison claire touche à sa fin, prolongée par la saison sombre amorcée par l'aurore des mois noirs : Miz du, novembre, Miz kerzu, décembre. Saison des veillées au coin de la cheminée, temps des châtaignes grillées.

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Ombre et lumière se concilient. Les mondes sont reliés. Les trois fonctions indo-européennes s'unissent dans une même sacralité.
La fête totale, christianisée, est devenue La Toussaint, suivie par le jour des défunts. Pendant cette période, le monde des vivants communique avec celui des morts, et vice-versa. 
Le trépas est passage, et l'on franchit, le soir venu, la rivière, le fleuve, le marécage, l'océan ...

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Jamais homme lucide ne fait de mal aux oiseaux blancs qui hantent nos rivages. Il est dit que souvent, ce sont les Anaon, âmes des disparus, cherchant le repos et la reconnaissance. Elles vont, viennent et reviennent la veille de Sawen, ou La Toussaint, mais également lors des nuits de solstice. Il est bienvenu de leur laisser sur la table une bonne assiette de soupe, et un bon feu dans la cheminée.

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Le rouge-gorge me montre le chemin d'un autre passage symbolique. Suivons-le.

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Les bernaches cravants sont arrivées, messagères ailées du Sidh et des îles du Nord du monde. 
En Samonios, Dagda, le Dieu-druide, épouse Mórrígan, la grande Reine.

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Temps de mémoire, eau de là des reflets du temps.

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Prendre la barque qui mène vers les îles, par delà le labyrinthe des eaux.
L'île pour certains est un au-delà, pour d'autres un " autre monde " mythique, dont l'entrée pourrait bien se situer sur terre, dans notre monde.

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25 octobre 2019

Billebaude dans les marais de Suscinio

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Je ne chante pas sous la pluie, par crainte de faire fuir les oiseaux. Je contemple, en marchant à travers les marais. J'écoute, je flaire les odeurs du matin, je médite, l'oeil en alerte. Je goûte la prunelle nimbée des dons du ciel.

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Terre noyée de mousses, de lichens et de fougères. Terre de fées et de dragons, où l'apparition d'un troupeau de rennes n'étonnerait pas le quêteur et croyant en Faërie que je suis.

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Je salue au passage ce jeune pinson des arbres en sa demeure buissonnière.

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Mésange bleue qui joue à cache-cache.

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Il arrive que des oiseaux vous observent fixement, droit dans les yeux. Derrière le rouge-gorge, il y a quelqu'un d'autre, un reflet de vous-même, une pensée.

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La forteresse de Suscinio dresse au dessus des prairies humides et des marécages qui l'entourent sa silhouette massive. Construit entre le XIIIème et le XVème siècle, c'était l'une des résidences ducales de Bretagne.

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Héron cendré, gardien des lieux.

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24 octobre 2019

Regard sur la nature vivante et sauvage en Bretagne

Article OF 24 octobre 2019

Expo La Longère, nov

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19 octobre 2019

Le matin des magiciens

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Sur le miroir aux fées de l'étang réveillé, l'aigrette garzette contemple son reflet, en attendant qu'une proie passe à portée de son bec pointu dont elle se servira comme d'un harpon.

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La sarcelle d'hiver est le plus petit de nos canards de surface. Ici, un mâle en plumage nuptial. 
C'est un migrateur partiel, véritable acrobate aérien, capable de se gratter en vol et effectuant pour échapper à ses prédateurs naturels, humains compris, de brusques changements de direction et pirouettes variées.
La destruction des zones humides, une fois de plus, est l'une des principales menaces pour cet anatidé.

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Le bec de ce magnifique oiseau qu'est le martin pêcheur d'Europe indique que c'est un mâle, celui de la femelle étant orangé au dessous. Il est toujours là, aux premiers rayons d'un soleil rasant, entre deux plongeons en piqué. 

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Ce n'est pas un hasard si l'amanite tue-mouches est le champignon le plus représenté dans l'univers des contes. Ce champignon est ancré dans l'imaginaire collectif de nombreux peuples, et notamment en Europe du Nord, où les chamanes les utilisaient pour avoir la vision de certaines choses. Mais je ne vous donnerai pas de recettes, par simple précaution.

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Quel petit peuple des prairies encore couvertes de rosée, se cache sous ces champignons aux allures d'iglous ou de radômes miniatures ?

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Ce rouge-gorge, plus intrigué que familier, semble observer, l'air de rien, le plantigrade de vert vêtu coiffé d'un chapeau vert, qui passe, le plus discrêtement possible, sur le petit chemin à côté de son piquet favori.

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Monsieur Colvert surveille la sieste de ces dames, pendant qu'un ragondin, sans gêne, fait sa toilette.

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17 octobre 2019

Harpes de bruine sur le lac

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La contrée se réjouit. Depuis quelques nuitées, il pleut, enfin.
Ce soir, il bruine sur le lac noyé dans les brumes qui montent de la forêt. Une atmosphère propice aux songes éveillés, aux légendes réveillées.

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Chaque pierre, ici, a son mot à dire. 
Re gozh eo an douar evit ober goap anezhañ, La terre est trop vieille pour qu'on se moque d'elle.
Seuls, les imbéciles s'imaginent qu'ils sont les seuls à avoir une âme.

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Ici habite un korril des bois. Mais comme je suis suivi depuis le début de ma balade par un mystérieux animal, moitié chien moitié loup, impossible de voir quoi que ce soit ou qui que ce soit. La bête blanche reste à mes côtés, sans bruit, me reniflant de temps à autre, en silence, puis fonce comme un fou sur un groupe de foulques macroules qui détale sur le lac en courant sur les eaux argentées.

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Erosion ou manifestation d'un esprit des rivages lacustres ?

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A l'origine, les bulletins météo étaient faits pour les marins et les agriculteurs. A présent, ils sont faits pour les citadins, les touristes, les dingos du bronze-cul idiot. Traduisons : la pluie, c'est le mauvais temps, la canicule et l'absence de précipitations, c'est le beau temps. Pour la terre, c'est exactement l'inverse, en y ajoutant de temps en temps une pincée de soleil. Moi, j'aime la pluie et le brouillard : plus de solitude, cet état de plénitude de plus en plus rare. Plus de tranquillité, moins de singes hurleurs à travers la campagne. Plus de silence, cette musique naturelle en voie d'exctinction.

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L'automne, c'est aussi la saison des champignons. Si certains sont comestibles, tous ont leur raison d'être et il faut les laisser vivre leur vie. 
Leur rôle est de  digérer la matière organique et de permettre ainsi aux éléments nutritifs de retourner à la terre. 

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J'écoute la mélodie secrête de l'eau qui ruisselle sur les feuillages et joue de la harpe sur la surface du lac. La bête, moitié chien moitié loup, est toujours à mes côtés, et ne me lâchera les brodequins que lorsque j'aurai disparu derrière le premier virage, en quittant les lieux.
Une forme blanche, dans la nuit, traverse la petite route en laçets devant moi, puis s'estompe sur ma droite, derrière le talus. Ni chien, ni loup. Une forme humaine, translucide.

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11 octobre 2019

Les rescapés du bocage

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Survivants des excités du bocal et du remembrement, les rescapés du bocage veillent sur nos dernières petites routes à lapins, héritières des ribines où pousse encore, parfois, l'herbe au milieu du bitume.

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Fournissant gîte et couvert aux animaux du ciel et de la terre, bois de chauffage et de charpente aux hommes, les vieilles trognes sont l'âme de nos chemins, boudant ligne droite et froide quadrature, préférant courbes et formes rondes, à l'image des entrelacs celtiques.

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Souvent se cachent au creux des troncs vieillis par le temps, d'improbables créatures. N'avez-vous jamais entendu parler du génie des lieux ?

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La haie est un lieu de passage. Avant de traverser, n'omettez pas de signaler votre présence, sans faire trop de bruit quand même. Si la haie est habitée, elle est aussi souvent hantée. 

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Le chêne est un arbre sacré, auquel les Anciens vouaient le plus grand respect. Il est une porte entre les mondes, un trait d'union entre le ciel et la terre. Arbre de sagesse et de force, d'éternité et de majesté, il est avec le hêtre le véritable roi de nos bois et de nos haies, ces forêts linéaires qui font partie intégrante de l'identité et de l'essence de notre pays.

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Les glands symbolisent la fécondité, la croissance spirituelle, la prospérité, la longévité, la vérité.
Ar gwir eneb ar bed, la vérité à la face du monde.

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Au printemps, si les hommes les laissent pousser, naîtront à travers l'humus les enfants d'une nouvelle lignée de chênes.

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05 octobre 2019

Lever du jour au bord de l'eau

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Les hululements de la chouette hulote, les cris rauques et sonores des colverts, l'orée de la nuit finissante et l'odeur de l'étang, devant mes yeux ...
Le jour commence à se lever, et avec lui le vacarme d'un engin du genre tractopelle, à quelques centaines de mètres sur ma droite, de l'autre côté de la route, derrière la haie. Agaçant, et en même temps décalé par rapport à ce lieu si paisible.

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Maître héron cendré, toujours fidèle au poste, observe, immobile, dans ma direction. Aurait-il deviné ma présence ?

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Les spatules blanches sont arrivées. Elles se différencient des hérons et aigrettes en vol, car elles ont le cou tendu, comme les cigognes. Avec leur bec en forme de spatule, elles remuent la vase en agitant la tête de gauche à droite et inversement pour engloutir plancton et micro-organismes.

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Bergeronnette grise sur son perchoir.

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J'ai de la visite. Martine, reconnaissable à la partie inférieure orange de son bec, vient se poser sur une petite branche, à quelques mètres de moi. Le bec de Martin, lui, est presque entièrement noir. Oiseau très vif et très rapide, certains le surnomment la flèche bleue.
C'est une espèce gravement menacée par la destruction des zones humides et la pollution des eaux de surface. Le martin pêcheur figure sur la liste rouge de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et est considéré comme vulnérable.

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Chevalier cul-blanc, ou culblanc, le bien nommé.

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Après une bonne partie de pêche, je fais sécher mon beau plumage aux rayons du soleil levant, car il est partiellement perméable, ce qui me permet de poursuivre mes proies sous l'eau en dépensant moins d'énergie, avec un maximum d'efficacité. La nature est bien faite, n'est-ce pas ?

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02 octobre 2019

Billebaude au pays des grenouilles

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Je fais le tour d'un étang, en me faufilant très lentement derrière saules et aulnes glutineux. Pas un oiseau ce matin, c'est assez décevant. Mais ça saute joyeusement dans tous les sens, et toujours pour disparaître sous la surface de l'eau.

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Les grenouilles vertes sont partout en Bretagne. Il paraîtrait même que les jeunes filles les adorent, ces gracieux ranidés étant d'essence féerique. Ne me demandez pas pourquoi, vous le savez aussi bien que moi.

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En ce début d'automne, les températures sont encore très douces. Pourquoi ne pas en profiter pour observer du coin de l'oeil, tranquillement installé au bord de l'eau, ce curieux batracien géant qui se déplace sur ses pattes de derrière en tenant une grosse boite noire dans celles de devant ?

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La plupart du temps, le promeneur peu attentif ne remarquera que le plouf de la grenouille qu'il vient de déranger, car son camouflage est parfait et il faut quand même un oeil assez exercé pour la repérer.

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En cette saison, les grenouilles sont plutôt calmes. Elles exerceront leur passion du chant choral plus tard, pour fêter à leur manière les joies des retrouvailles afin de perpétuer l'espèce. Ce chant que les bipèdes des villes voulant habiter la campagne ne supportent pas. On a même vu des procès intentés aux heureux propriétaires d'une mare parce que les grenouilles sont en répétition de chant chaque soir ... Du grand n'importe quoi !

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A propos de chant, vous avez certainement entendu un soir de pleine lune et grand vent " Gousperoù ar raned ", autrement dit " Les Vêpres des grenouilles ", encore connues sous le nom  " Ar rannoù " (Les séries) ? Un chant traditionnel où le druide transmet sa connaissance à un enfant sous forme de comptine aux paroles très paraboliques et assez mystérieuses. 
Sur ce, je vous laisse, jeune et moins jeune marcassin, retrouver le sage sanglier au pied du grand chêne.

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